Liège: l'énorme clash de deux élus MR au conseil communal

Publié le 26 Mars 2013

Liège: l'énorme clash de deux élus MR au conseil communal

Gros clash au conseil communal de Liège ce lundi soir! En cause, un point de l'ordre du jour où trois conseillers libéraux, en l'occurrence Gilles Foret, Diana Nikolic et Michel Péters, proposaient de créer une commission supplémentaire portant sur l'avenir de l'économie liégeoise. Le dépôt de ce point avait déjà suscité des réactions puisque tous les conseillers du groupe libéral ne semblaient pas sur la même longueur d'ondes. Ce qui s'est clairement vu en fin de conseil où le groupe a dû sortir pour éviter un vote nominal. Diana Nikolic et Michel Péters se sont particulièrement enflammés. Ambiance...

Il est environ 23h30 lundi dernier. Sur les bancs du conseil communal liégeois, l'ambiance monte soudainement d'un cran. Michel Péters, conseiller libéral, souhaite en effet que l'on présente un point relatif à la modification du R.O.I. (Règlement d'ordre intérieur du conseil, Ndlr) qui propose de créer une commission supplémentaire. Commission portant sur les enjeux économiques, industriels et sociaux du bassin liégeois. Or, il y a un accord officiel, avalisé par le conseil, entre les six chefs des différents groupes pour débattre de toutes les modifications du règlement d'ordre intérieur d’un seul coup, lorsqu’il sera avalisé officiellement par la Région wallonne qui exerce la tutelle.

Dans un courrier que le secrétaire a remis à chacun des six chefs de groupes avant le conseil, il était clairement stipulé: "Seul le point déposé par M. Péters concernant la modification du ROI ressort de la compétence du conseil. Je crois cependant savoir qu'il existait un accord préalable entre les chefs de groupes pour que ces demandes de modification du ROI vous (la lettre était à la base adressée au bourgmestre, qui l'a fait suivre aux chefs de groupes, Ndlr) soient préalablement déposées avant examen par votre commission et, a fortiori, avant d'être proposée au conseil." Courrier qui a ensuite été lu par chaque chef de groupe à ses troupes lors de la réunion de pré-conseil!

Mais, selon les conseillers MR Michel Péters et Diana Nikolic, la question était de débattre d’un sujet qui est, à leurs yeux, fort important en ces temps de crise. Le bourgmestre a dès lors prévenu plusieurs fois: "Si vous exposez ce point, il y a vote!" Et de finir, suite aux multiples demandes des deux conseillers précités de débattre au moins sur le fond du dossier, d'imposer la présentation du point. Et donc du vote qui suit. Sachant pertinemment que la création de cette commission ne faisait pas consensus au sein même du groupe libéral, un vote nominal a été demandé.

Suite à quoi les deux conseillers se sont emportés en accusant quasiment toute l'assemblée d'être "anti-démocratique", qu'il existait une "volonté de cadenasser les débats" de la part du collège, que tout ceci n'était "qu'un scandale", etc. Bref, c'était chaud! Michel Péters et Diana Nikolic se sont alors levés pour quitter la salle du conseil.

Afin d'éviter d'exposer les divergences internes en plein conseil, et donc de voir très nettement quels étaient les "clans", Christine Defraigne tenté de sauver ce qui pouvait encore l’être en demandant à tous ses conseillers de sortir le temps du vote. Résultat, la proposition a recueilli 37 votes contre, soit la totalité du conseil moins le groupe MR!

"Du jamais vu en 24 ans de conseil"

Pour sa part, le bourgmestre Willy Demeyer réfute l’argument d’avoir des débats cadenassés. "Le problème, c’est que la plupart des points ne sont dans les formes. Certains n’ont pas assez d’interpellations et essayent donc de faire passer ça par de nouveaux points à l’ordre du jour. Cela ne va pas." Et d’ajouter: "Le conseil ne peut pas être instrumentalisé par une partie d’un groupe! Chacun est libre et responsable. Mais en 24 ans de conseil communal, je n’ai jamais vu ça"

Les deux conseillers libéraux ne partagent évidemment pas la vision du bourgmestre. "À partir du moment où le point est jugé recevable, il peut être exposé! J’ajoute qu’ici, nous venions avec un amendement qui n’a pas été exposé auparavant en commission et qui n’avait donc pas pu faire l’objet de l’un ou l’autre débat. Contrairement aux autres amendements, il ne porte pas sur la forme du règlement d’ordre intérieur du conseil, mais bien sur le fond puisqu’on proposait une commission spécifique liée à l’économie et à l’industrie", explique Michel Péters.

Pour sa consœur Diana Nikolic, "depuis le début de cette nouvelle mandature, à chaque conseil, on rajoute une couche pour retirer des interpellations ou des points à l’ordre du jour. Et là, ce qui me choque vraiment, c’est que le fond de notre proposition ait été complètement éclipsé. Dès lors, la question que j’ai très clairement posé au bourgmestre était de savoir si on mettait cette proposition, qui me semble fatalement prioritaire puisque je la défends, sur le même pied d’égalité que les autres."

Suite au vote, certains conseillers libéraux sont rentrés dans la salle, mais pas tous! Le fait que les libéraux soient sous tension depuis le départ de Reynders, ce n'est pas un scoop. Loin de là, même. Mais là, ça atteint des proportions inquiétantes car ce sont réellement deux groupes qu'il y a en interne. Il n'y a plus de cohérence au MR de Liège et le parti semble plus déchiré que jamais.

Les avis des différents chefs de groupes au conseil communal

Jean-Claude Marcourt - PS: "Le groupe MR a décidé de ne pas respecter les règles du jeu. Mais je note que tous les autres groupes sont restés unanimes. Dès lors, la constitution d’une 12è commission, c’est bel et bien fini! Mais il est évident qu’il y aura un débat pour tous les autres amendements"


Bénédicte Heindrichs - Ecolo: "Ce sont des gosses gâtés. Là, ils ont tiré une cartouche pour pas grand-chose. Celui qui quitte la discussion perd toujours. Nous aussi nous avons des amendements au règlement, bien évidemment! Mais nous avons respecté l’accord des chefs de groupe. Là, ils peuvent définitivement abandonner ce point…"

Raoul Hedebouw - PTB+ : "On sent le MR nerveux quand à la diminution de sa visibilité au conseil depuis l’arrivée de nouveaux partis de gauche comme le PTB à la Violette. Les modifications au ROI sont actuellement encore en discussion, claquer la porte du conseil lundi soir ne rimait donc vraiment à rien!"

Michel de Lamotte - cdH: "Il était convenu que tous les amendements seraient examinés plus tard, via les chefs de groupe, la commission du bourgmestre puis le conseil. Alors, pourquoi ne pas avoir attendu? Manifestement, cela coince au MR! À eux de s’organiser en interne pour répartir leur temps de parole..."

François Schreuer - Vega: "Quinze amendements au ROI ont été rentrés. Il est logique qu’ils soient examinés sur un point d’égalité. Je pense qu’ils auraient plus dû déposer une simple motion et là, le débat aurait pu avoir lieu car c’est un thème qui mérite certainement un débat."

Christine Defraigne - MR: "Moi, j’ai assuré la position du groupe. Dans le contexte, je n’avais pas d’autre choix que de faire sortir le reste du groupe. J’insiste sur le fait que je suis quelqu’un de parole par rapport à ce qui a été décidé au conseil et entre chefs de groupe. Le reste sera bordé en interne."

Photo: l'unité du MR de Liège n'est plus que de façade... (Crédit: Thomas Van Ass)

Rédigé par Gaspard Grosjean

Publié dans #MR, #Politique, #Liège

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