Labille ministre: au bon plaisir des vrais élus du PS liégeois

Publié le 21 Janvier 2013

Labille ministre: au bon plaisir des vrais élus du PS liégeois

Paul Magnette président, Jean-Pascal Labille ministre fédéral. Les "grands" mouvements au sein de la famille socialiste ont marqué l'actualité politique la semaine dernière. Si les qualités intellectuelles et techniques du régionaliste liégeois n'ont jamais été mises en doute: deux critiques sont cependant souvent revenues sur le devant de la scène. La première est le cumul (8 mandats rémunérés, 36 non-rémunérés). Cette question est réglée puisqu'Elio Di Rupo en personne a déclaré que Jean-Pascal Labille allait se mettre en congé aux Mutualités socialiste et à la SRIW tout en démissionant de ses autres mandats. Mais il existe une seconde question qui mérite un développement: pourquoi lui et pas un socialiste liégeois ayant une légitimité électorale?

Car en coulisses, certains grincent des dents. "Sympa pour tous les parlementaires liégeois", m'a ainsi confié un élu socialiste. "Et dire qu'il n'a même jamais été candidat", poursuit un autre. Bref, pour certains, la pilule a du mal à passer. Précisons-le d'emblée: personne ne remet en cause les compétences de Jean-Pascal Labille. Mais bien la manière dont il a été choisi. Un candidat poussé par Marcourt et validé par Di Rupo. Regarder parmi les parlementaires liégeois (député wallons, sénateurs, députés féréraux)? Que neni! Pourtant, 13 élus socialistes liégeois auraient bien aimé qu'on pense à eux. Il y a six députés wallons: Marc Bolland, Mauro Lenzini, Maggy Yerna, Alain Onkelinx, Maurice Mottard et Isabelle Simonis. Deux sénateurs: Willy Demeyer et Hassan Bousetta. On aurait pu y ajouter Christie Morreale, mais cette dernière "saute" suite au retour de Paul Magnette, dont elle était la suppléante, sur les bancs du Sénat. Et, enfin, cinq députés à la Chambre: Alain Mathot, Marie-Claire Lambert, Linda Musin, Julie Fernandez Fernandez et, bien sûr, Thierry Giet.

Soyons honnêtes, tous n'ont pas le profil idéal d'un ministrable, loin de là. Mais certains pouvaient légitimement avoir une certaine ambition. A commencer par le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer. Ce dernier aurait d'ailleurs été sondé, sans succès. Fraîchement réélu à la tête de la Cité ardente, il préfère se focaliser sur la poursuite du redressement de la Ville. Sans compter que les matières proposées (Entreprises publiques, Grandes Villes, Coopération au développement) ne l'attirent pas vraiment, au contraire de l'Intérieur ou même de la Justice, par exemple.

Demeyer ayant décliné, on aurait alors pu se tourner vers Alain Mathot. Le député-bourgmestre de Seraing est d'ailleurs celui que l'on plébiscite pour le Fédéral au sein de la Fédé du PS liégeois. Mais nommer quelqu'un sous le coup d'une inculpation judiciaire, ça fait tâche. Son cas fut donc rapidement abandonné.

Et pourquoi pas Thierry Giet? Son nom avait d'ailleurs circulé dans les heures précédents la conférence de presse officielle du boulevard de l'Empereur. L'occassion de permettre à se dernier, plutôt homme de dossiers que véritable leader politique, de recevoir une "compensation" suite à son départ de la tête du Parti socialiste tout en lui permettant de franchir un cap politiquement. Chef de groupe à la Chambre, il a prouvé ses compétences. Il n'était sans doute pas dans les petits papiers de la Fédé...

Reste le cas de Julie Fernandez Fernandez. Députée fédérale, elle vient de faire son retour au sein du Collège de la Ville de Liège. Elle possède par ailleurs une expérience du niveau fédéral puisqu'elle a été secrétaire d'Etat aux personnes handicapées. Oubliée, elle aussi. Tout comme le sénateur Hassan Bousetta, un intellectuel qui a l'avantage d'avoir une base électorale solide. Son nom avait circulé il y a déjà quelques années pour occuper une fonction au sein d'un exécutif. On parlait à l'époque d'un secrétariat d'État...

On peut même ratisser plus large et regarder du côté du Parlement européen où un nom saute immédiatement aux yeux: celui de Frédéric Daerden. Véritable machine à voix, jeune et Liégeois, il aurait pu avoir le profil idéal. Mais ne soyons pas naïfs: il n'est pas en odeur de sainteté au sein du "Club des Cinq" de la Fédé où certaines cicatrices datant du clash avec Daerden père ne sont guère refermées. Même si les tensions, dit-on, s'applanissent tout doucement. Mais pas au point de lui faire cadeau d'un portefeuille ministériel.

Pour sa part, l'heureux élu, Jean-Pascal Labille, a été très clair: pas question pour lui de poursuivre l'aventure politique au delà de 2014.

Tout cela pour dire que, si les cadres du parti l'avaient voulu, ils auraient pu opter pour un ministre issu du bassin liégeois avec une légitimité électorale. Il n'en est donc rien. C'est un choix.

Photo: Jean-Pascal Labille, nouveau ministre fédéral (Crédit: MutSoc)

Rédigé par Gaspard Grosjean

Publié dans #Politique, #Liège, #PS

Commenter cet article