ArcelorMittal: le PTB+ veut "exproprier Mittal selon la juste rémunération pour… 1€ symbolique"

Publié le 16 Février 2013

ArcelorMittal: le PTB+ veut "exproprier Mittal selon la juste rémunération pour… 1€ symbolique"

Le PTB+, parti de gauche radicale, n’a jamais caché ses opinions quant à l’avenir de la sidérurgie dans le bassin liégeois. Le parti prône une nationalisation. Pour affiner ses propos, la formation politique a réalisé une étude quant à la faisabilité d’une sidérurgie publique, qui serait "juridiquement et économiquement possible". Et de prôner l’expropriation du géant indien de l’acier pour cause d’utilité publique.

Logiquement, le parti part du postulat que Mittal, comme ses représentants l'ont répété à de nombreuses reprises, n'est pas vendeur. Ce dernier compte, selon ses dires, assumer sa dette environnementale et sociale.

Dès lors, le PTB revient à la charge avec la thèse qu'il défend depuis le début: la nationalisation des sites sidérurgiques liégeois. Concrètement, le PTB estime que ni la Constitution, ni la Convention des Droits de l’Homme, ni les règles de concurrence au sein même de l’Europe n’empêcheraient l’expropriation suivant le principe de la juste rémunération. L'idée de cette "juste rémunération" étant que l'exproprié ne peut ni s'enrichir ni s'appauvrir en raison de l'expropriation. Dès lors, la question qui se pose est de chiffrer le montant de cette juste rémunération. "Pour nous, Mittal a bénéficié de tellement de faveurs fiscales et d’exonérations qu’il ne devrait même pas y avoir de rémunération. Il a pillé le bassin liégeois et a payé moins d'impôts que ses propres travailleurs! Mais nous nous tiendrons au cadre légal. La valeur des outils du chaud est au prix de la mitraille, soit proche de l'euro symbolique", argumente Damien Robert, auteur de l'étude en question et chef de groupe PTB+ au conseil communal de Seraing. Et de poursuivre le même raisonnement pour les lignes du froid : "Mittal a une dette sociale estimée entre 150 et 200 millions d’euros. Ajoutons-y la dette environnementale évaluée au minimum à 600 millions d’euros (pour remettre de l'industrie, N.D.L.R.) et au maximum à un milliard (pour y construire du logement, N.D.L.R.)."

Résultat, pour le PTB, "il est clairement envisageable et logique de considérer que l’indemnisation juste totale ne dépasse pas l’euro symbolique." Voilà un calcul qui ne manquera pas d’en faire réagir plus d’un.

Reste maintenant un autre aspect, et non des moindre, celui de la relance des outils. Ce n'est pas un secret, certains n'ont pas été entretenus par le groupe et ils en subissent aujourd'hui les conséquences. Selon le rapport Syndex, commandé en son temps par le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt, la relance des outils sidérurgiques liégeois coûterait entre 155 et 280 millions d'euros. Notons que la fourchette est fort large...

"Pour nous, c'est réalisable. La Région wallonne avait en effet provisionné 150 millions d'euros en vue de les injecter dans les lignes du froid. Reste 150 autres millions à trouver. Notre option serait de revendre la participation de la Région dans ArcelorMittal (0,7% des actions du groupe, N.D.L.R.) qui vaut 142 millions d'euros", détaille Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. Notons que du côté du cabinet Marcourt, on confirme que la Région était prête à mettre de l'argent dans le froid mais qu'aucun montant n'a été provisionné sur un quelconque compte.

Raoul Hedebouw tient à souligner que le caractère public de la sidérurgie ne doit pas être temporaire! "Ce serait un très mauvais signal. Il faut, grâce aux pouvoirs publics, développer une stratégie d'investissements dans la recherche, dans la production d'acier à haute valeur ajoutée et dans une baisse des coûts de l'énergie."

Le PTB estime que cette proposition est un pari, mais un pari nécessaire. Et Damien Robert de poser la question: "Y a-t-il une volonté politique d'exproprier et d'investir dans la sidérurgie intégrée?"

Voilà en tout cas une proposition qui ne manquera pas de faire réagir les syndicats comme les autorités politiques. Pendant ce temps, la "task force" continue de se pencher sur les possibles solutions en vue de trouver un repreneur pour les sites liégeois. Car rappelons que c'est bien là la priorité affichée du ministre Marcourt: trouver un repreneur privé, si nécessaire avec un portage public temporaire.

Photo: Damien Robert et Raoul Hedebouw, du PTB+. (Crédit: Sophie KIP)

Rédigé par Gaspard Grosjean

Publié dans #PTB, #Liège

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Jean-moulin 18/02/2013 03:08

Réfléchissons un petit peu... Le public a eu un manque à gagner de 1500 milliards dans l'affaire Mittal ...
Alors aujourd'hui qu'est ce qui coûterait le plus chère, les 1300 nouveaux chômeurs direct (10 000 environs indirect)? Ou Ré-investir dans Cokerill pour faire bénéficier le peuple?

Petit calcule (hors étude PTB) 1300 X 1100€ (salaire minimum, des premiers mois de chômage) = 1 430 000 € /mois (sans compter la perte de pouvoir d'achat, donc on consomme moins , donc moins de bénéfices pour l'acier )

Imaginer le calcul pour les 10 000 emplois en 1 ans...

Vive la logique capitaliste! :/

Damien 17/02/2013 20:28

Bonjour Olivier, concernant le délai, une expropriation peut se faire en extrême urgence. Dans ce cas, le pouvoir expropriant, même si l'exproprié n'est pas d'accord sur le montant de la 'juste indemnisation', peut bénéficier des outils de production sans attendre que le juge se positionne. Donc, si cette procédure est utilisée, les outils ne seront pas déclassés.
Bien à toi,
Damien

Olivier 17/02/2013 15:06

Quid du délai ? En admettant même que les tribunaux compétents admettent le fait qu'il s'agit de motifs impérieux d'utilité publique, la procédure durera des années, avec les recours que ne manqueront pas de déposer les nombreux avocats de Mittal, les outils auront été déclassés et les travailleurs reclassés ou en prépensions depuis belle lurette.

ouip 17/02/2013 12:02

La nationalisation c mieux que de donner des thunes au privé pour rien. En cas de reprise du privé ça se passera exactement comme lors d'autres reprises : le public donnera des millions à une société qui démantèlera ce qui est vieux, gardera ce qui est performant, tout en supprimant des centaines d'emplois. Et quand le patron décidera que son bénéfice n'est pas suffisant parce que pas à deux chiffres, il fermera et tout le monde se retrouvera à la rue.
Marcourt et sa clique peuvent se donner les noms les plus pompeux (task force, pfffff) pour se donner un air de neuf mais ils ne font qu'appliquer de vieilles recettes qui ne feront qu'appauvrir encore plus la région liégeoise.
Marcourt s'en fout, ses poches à lui sont pleines. Les fins de mois ne lui font pas peur.
Alors vive le vrai changement, vive Raoul.
Ces s...... de soi-disant socialos peuvent couper les fleurs mais n'arrêteront pas l'arrivée du printemps.